2025 - A corps et à cri

Nyon

C'est une histoire qui s'écrit toute seule. L’artiste vous dira qu’il n’y est pour rien.  Ou si peu. L’histoire de la vie et de la mort, celle de tous ces êtres qui tourbillonnent dans les méandres de nos existences et y restent pour quelques minutes ou pour toujours, celle de foules anonymes devenues tribus, chantant d'une même voix puis s'écharpant d’indifférence.

Des foules qui se lisent en corps moelleux de nuages et en visages arrondis de lune, en pensées laissées en vrac telles des roches erratiques et en rivières de prières creusant des plaines de calme dans les poitrines, paysages réincarnés d’une nature bientôt souvenir. Les chemins sont tracés jour après jour par les multitudes répétant les mêmes pas à pas.

C'est une histoire de petits enfants dans les jupes de leur maman, de jeunes prétentieux habillés de tristesse, de sarabandes de boubous et de derviches tourneurs de pages. Ou bien une histoire de chacals hurlant dans le désert, d'oiseaux qui se sont tus et de révolutions colorées rapportées du monde entier.

Vous y verrez ce que le miroir de l'art vous montrera, métaphore de nos mondes intérieurs et des destinées collectives de notre époque.

Les pigments, sculptés par la transparence de l'eau puis par le feu du rasoir, esquissent les contours de toutes ces luttes que nos esprits insatiables ne cessent de mener, pour une voix enfin entendue, pour un peu de liberté, un avenir meilleur, ce qui fait de nous une humanité. Les luttes d'un seul parmi ses semblables et ses dissemblables, qui petit à petit modèlera un nouvel univers. On s'y réunira toujours pour mieux se quitter, on s'y aimera autant que l'aveuglement le permettra, on ne se résignera jamais que par le vide. Alors une foule encore se lèvera.

Vous entendrez peut-être dans les images pourtant silencieuses de Bernard Boujol, les frémissements d'une société: des conciliabules secrets, des cris étouffés, des chansons inespérées et des appels à la révolte, brouhaha le plus souvent inaudible mais réussissant l'exploit de ne jamais épuiser l'espoir. Vous y entendrez la vie qui rugit et la mort qui chuchote déjà. Un peu plus de liberté. Ce qui fait de nous une humanité.

Héloïse Pocry / www.lemancolie.ch
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